Le couteau santoku
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Pas à pasUstensiles et art de la table, de la Chine au Japon
Un couteau japonais garde son fil longtemps, mais il finit par le perdre. La pierre à eau le lui rend, à condition de tenir un angle régulier et de ne pas chercher à aller vite.
Par Bastien Lorrain · relecture Hélène MarchadierRevu le · 2 min de lecture

Préparer la pierre
Une pierre poreuse trempe dans l’eau 10 à 15 minutes, jusqu’à ne plus faire de bulles ; une pierre en céramique se mouille simplement. On la cale sur un socle ou un torchon humide.
Choisir le grain
Grain 1000 pour un couteau qui coupe encore un peu ; grain 200 ou 400 seulement pour une lame ébréchée, toujours suivi d’un grain plus fin.
Trouver l’angle
Inclinez la lame autour de 15°, soit à peu près la hauteur d’une pièce de monnaie sous le dos. Relevez un peu le manche pour la pointe.
Travailler un côté
Trois doigts de l’autre main appuient près du tranchant. Poussez et ramenez sur toute la surface de la pierre, par sections, en gardant la pierre mouillée.
Chercher le morfil
Passez le doigt sur la face opposée, du dos vers le tranchant, jamais le long du fil. Une légère bavure régulière sur toute la longueur signale que ce côté est fait.
Retourner et finir
Reprenez l’autre face de la même façon, puis passez sur un grain fin, 3000 ou plus, avec des passes de plus en plus légères des deux côtés.
Contrôler et ranger
Rincez et séchez la lame, testez sur une feuille de papier, laissez sécher la pierre à l’air avant de la ranger.
Il existe trois grandes familles d’outils. Le fusil ne fait que redresser un fil couché ; il n’enlève presque pas de métal. La meule enlève beaucoup de matière, vite, au risque de chauffer et d’abîmer la lame. La pierre à eau se situe entre les deux : elle use l’acier finement et laisse la main maîtresse de l’angle. C’est l’outil des couteaux japonais, dont l’acier dur et le tranchant fin supportent mal les aiguiseurs à roulettes.
Les pierres se classent par grain. Les gros grains, 200 ou 400, réparent un tranchant ébréché. Le grain 1000 sert à l’entretien courant : il redonne du mordant à une lame émoussée. Les grains de 3000 et plus polissent le fil. Une pierre double face, 1000 d’un côté et 3000 de l’autre, couvre la plupart des besoins d’une cuisine.
Les couteaux japonais sont affûtés à un angle plus fermé que la plupart des couteaux européens, autour de 15° par côté. La difficulté tient moins à la valeur exacte qu’à sa régularité : un angle qui varie arrondit le fil. Un repère aide les débutants : colorier le biseau au feutre, faire quelques passes, puis regarder où l’encre a disparu. Si elle part seulement au bord, l’angle est trop ouvert ; si elle part seulement en haut du biseau, il est trop fermé.
Le morfil est le signe à guetter. C’est une très fine bavure de métal qui se forme sur la face opposée quand le biseau rejoint le tranchant. Tant qu’il n’apparaît pas sur toute la longueur, ce côté n’est pas terminé. Les passes légères sur grain fin l’éliminent ensuite.
Beaucoup de couteaux japonais de cuisine domestique, comme le couteau santoku japonais, ont un double biseau et s’aiguisent des deux côtés à angle égal. Les couteaux traditionnels à simple biseau demandent une autre méthode : on travaille surtout la face biseautée, puis on se contente d’ôter le morfil sur la face plate, en la posant bien à plat sur la pierre, sans créer de second biseau. Une erreur à ce stade change le comportement du couteau à la coupe.
Une pierre qui se creuse au centre fausse l’angle. On la remet à plat de temps en temps sur une pierre d’aplanissement ou une surface dure et plane. Selon l’usage, un passage sur pierre tous les 3 ou 6 mois suffit si l’on entretient le fil entre-temps. Pour cet entretien, un fusil en céramique fin ou un cuir convient mieux à un acier dur qu’un fusil strié. Un acier riche en carbone se sèche aussitôt et reçoit un voile d’huile alimentaire neutre, comme le wok en acier carbone, qui craint lui aussi la rouille.
Pour un couteau japonais, on utilise une pierre à aiguiser, dite pierre à eau. Le fusil, en acier ou en céramique, sert seulement à redresser le fil entre deux aiguisages. La meule est réservée aux professionnels.
Chacun peut apprendre sur une pierre à eau, en s’exerçant d’abord sur un couteau sans valeur. Pour une lame ébréchée, une pointe cassée ou un couteau précieux, un coutelier ou un affûteur professionnel reste le bon choix.
Une huile alimentaire neutre convient, en couche très fine, sur un acier riche en carbone bien sec. Au Japon, on utilise traditionnellement l’huile de camélia. L’huile ne remplace pas le séchage immédiat après lavage.
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