L’oshibori
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ComprendreUstensiles et art de la table, de la Chine au Japon
Au Japon, on ne souhaite pas bon appétit aux autres : on remercie avant de manger. Itadakimasu ouvre le repas, gochisōsama le referme, et les deux mots disent la même gratitude.
Par Bastien Lorrain · relecture Hélène MarchadierRevu le · 3 min de lecture

La traduction par « bon appétit » est commode mais fausse. Le français souhaite un bon repas à la personne qui va manger. Itadakimasu va dans l’autre sens : c’est celui qui reçoit le repas qui parle, et il s’adresse à la personne qui a cuisiné, ou plus largement à la nature. Au restaurant, c’est donc le client qui le dit, pas le personnel.
Le mot vient du verbe itadaku, la forme humble de « recevoir », suivi de la terminaison polie -masu. Le caractère qui l’écrit évoque le sommet de la tête ; l’explication la plus répandue rappelle qu’on levait au-dessus de soi ce que l’on recevait d’une personne de rang supérieur. L’idée de recevoir avec humilité est restée dans le mot, même si la plupart des Japonais le disent aujourd’hui sans y penser.
Le merci vise toute la chaîne qui a conduit le plat jusqu’à la table : le cultivateur, le pêcheur, la personne qui a cuisiné, et aussi les plantes et les animaux qui ont donné leur vie. On y lit souvent une trace du bouddhisme, attentif au respect de toute forme de vie, mais la formule relève aujourd’hui de l’usage culturel plus que de la religion.
Le même esprit explique une autre habitude : finir son bol est une façon de respecter ce que l’on a reçu. On attend aussi que tout le monde soit installé, et parfois que la personne la plus âgée ou l’hôte commence, avant de toucher à son assiette.
Beaucoup joignent les mains devant la poitrine, inclinent légèrement la tête, puis prononcent le mot. Certains glissent leurs baguettes entre les pouces pendant ce court moment. Le geste n’est pas obligatoire et varie selon les familles. On peut le dire à voix basse quand on mange seul. La façon de reposer ses couverts ensuite est décrite dans la fiche sur la tenue des baguettes chinoises.
À la fin du repas, on dit gochisōsama deshita, ou simplement gochisōsama entre proches. Le mot chisō s’écrit avec des caractères qui évoquent le fait de courir : selon l’explication courante, il rappelle la peine que l’hôte s’est donnée pour réunir de quoi recevoir. On le traduit souvent par « merci pour ce festin ». Au restaurant, les clients le disent en réglant l’addition ou en passant la porte, parfois directement aux cuisiniers quand la cuisine est ouverte. Le personnel, de son côté, salue toujours les clients qui partent.
Le chinois n’a pas d’équivalent direct de « bon appétit ». L’usage veut plutôt que l’hôte invite ses convives à se servir et à manger abondamment, pour qu’ils se sentent à l’aise. Pour un visiteur au Japon, prononcer itadakimasu est bien accueilli : personne n’attend une prononciation parfaite, c’est l’intention qui compte. Les autres règles de la table japonaise se retrouvent dans la page sur l’oshibori, la serviette d’accueil, que l’on reçoit avant même de choisir son plat.
Itadakimasu signifie à peu près « je reçois humblement ». Le mot exprime la gratitude envers les personnes qui ont préparé le repas et envers les aliments eux-mêmes. Il se prononce juste avant de commencer à manger.
Le japonais n’a pas de formule qui souhaite un bon repas aux autres. On dit itadakimasu avant de manger, pour remercier, puis gochisōsama deshita à la fin. Ces deux mots tiennent la place de notre « bon appétit ».
Avant la première bouchée, on dit itadakimasu, souvent mains jointes et tête légèrement inclinée. On attend en général que tous les convives soient servis. La formule vaut aussi bien en famille qu’au restaurant.
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