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ComprendreUstensiles et art de la table, de la Chine au Japon

Kintsugi : réparer à l’or une céramique cassée

Au Japon, un bol cassé peut revenir sur la table, ses fêlures soulignées d’un trait doré. Le kintsugi est une technique de laque lente et précise, que l’on confond souvent avec un simple collage.

Portrait de Bastien Lorrain, cheveux bruns courts, barbe courte, chemise bleu marine, fond de pièce lumineuse et flouePar Bastien Lorrain · relecture Hélène MarchadierRevu le · 3 min de lecture

Bol en céramique beige réparé au kintsugi, ses fissures recouvertes de fines lignes dorées

Une jointure d’or

Le mot réunit kin, l’or, et tsugi, la jointure. On rencontre aussi le terme kintsukuroi, « réparer à l’or ». La méthode consiste à recoller une céramique ébréchée ou cassée avec de la laque naturelle, puis à couvrir la ligne de réparation de poudre d’or. Quand l’argent remplace l’or, on parle de gintsugi. Quand la laque reste nue, brun-rouge, la réparation porte le nom d’urushitsugi.

Le résultat ne cherche pas à cacher l’accident. Le trait doré suit la cassure, avec ses bifurcations et ses manques, et une part de son dessin tient au hasard de la casse.

Une histoire liée au thé

La technique se développe à l’époque de Muromachi, quand la cérémonie du thé se répand dans l’aristocratie. Un récit souvent cité la fait remonter au XVe siècle : le shogun Ashikaga Yoshimasa aurait renvoyé en Chine un bol à thé cassé, qui lui serait revenu tenu par de grosses agrafes métalliques, ni beau ni étanche. Des artisans japonais auraient alors cherché une réparation plus soignée. L’anecdote n’est pas prouvée, mais elle dit bien l’attachement aux bols de thé, que l’on réparait plutôt que de les remplacer. La fiche sur la cérémonie du thé japonaise présente ces objets.

Le kintsugi rejoint l’esthétique du wabi-sabi, qui trouve de la beauté dans l’imparfait, l’usé et le passager. La pièce réparée garde la trace de son histoire au lieu de l’effacer. Après une période d’oubli, la technique connaît un regain d’intérêt au Japon comme en Europe.

Les étapes d’une réparation traditionnelle

Le travail à la laque ne se presse pas. Chaque couche doit durcir dans une atmosphère chaude et humide avant la suivante, ce qui explique des délais de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois pour une pièce complexe.

  • Les morceaux sont assemblés avec une pâte de laque et de farine de blé, puis maintenus le temps du durcissement.
  • Les éclats et les manques sont comblés avec un mastic de laque et de poudre minérale, ensuite poncé.
  • Plusieurs fines couches de laque lissent la ligne de réparation.
  • Une dernière couche, souvent de laque rouge, reçoit la poudre d’or, saupoudrée tant qu’elle est encore collante, puis polie.

On distingue plusieurs cas : la fissure simple, la cassure en morceaux, la pièce à laquelle il manque un fragment comblé à la laque, et le yobitsugi, qui complète le manque avec un tesson pris sur une autre céramique.

Le contact avec les aliments

Le choix des matériaux décide de l’usage de la pièce. Une réparation traditionnelle, à la laque urushi bien durcie, est réputée apte à resservir à table. Les kits rapides utilisent en revanche une colle époxy et une poudre de laiton ou de métal doré : les ateliers eux-mêmes réservent ces pièces à la décoration. Dans le doute, une pièce réparée à la résine reçoit des fleurs sèches, pas de la soupe.

La laque crue pose un autre problème : elle contient de l’urushiol, une substance qui provoque chez beaucoup de personnes des réactions cutanées sévères. Les artisans la manipulent avec des gants. Une fois réparée, une pièce au kintsugi se lave à la main, à l’eau tiède, sans trempage ni micro-ondes, comme la vaisselle japonaise en laque. La technique convient à la porcelaine comme au grès, y compris aux pièces décorées en porcelaine chinoise bleu et blanc.

Les idées à garder

  • Le kintsugi traditionnel repose sur la laque urushi ; l’or n’est que la dernière couche.
  • La technique est liée à la cérémonie du thé et à l’esthétique du wabi-sabi.
  • Une réparation à la résine et au métal doré reste décorative, pas alimentaire.
  • La laque crue irrite la peau : elle se manipule avec des gants.

Vos questions sur le kintsugi

Qu’est-ce que le mouvement kintsugi ?

Au-delà de la technique, le kintsugi est devenu une image : celle d’une blessure réparée et assumée plutôt que cachée. Cette lecture s’appuie sur l’esthétique japonaise du wabi-sabi. Elle a inspiré des designers et des ouvrages de développement personnel.

Comment faire du kintsugi à la maison ?

Les kits du commerce utilisent souvent une colle époxy et une poudre métallique dorée, plus rapides que la laque. Le résultat est décoratif et ne convient pas au contact alimentaire. La méthode traditionnelle à l’urushi demande des gants, de la patience et un apprentissage auprès d’un artisan.

Peut-on manger dans un bol réparé au kintsugi ?

Oui si la réparation a été faite à la laque urushi, bien durcie, par un artisan. Non si elle a été faite à la colle époxy avec une poudre de laiton ou de métal doré. Le bol se lave alors à la main, sans micro-ondes.

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